Une minute et huit secondes et demie d’avance sur son second Nick Heidfeld, un tour d’avance sur le quatrième Kimi Raikkonen, dix points rattrapés en une seule course pour redevenir co-leader du championnat avec le Finlandais de la Scuderia et Felipe Massa, rebaptisé hier la toupie brésilienne, les chiffres parlent d’eux-mêmes pour Lewis Hamilton. Mise à part une incursion dans l’herbe aux alentours de la mi-course, l’Anglais n’a commis aucune faute et a dominé outrageusement tous ses adversaires durant les soixante tours d’un grand prix de Grande-Bretagne disputé dans des conditions dantesques. Cette victoire, la troisième de la saison après l’Australie et Monaco et la septième de sa jeune carrière, évoque irrésistiblement celles qu’avaient remportées sous des pluies battantes le grand Ayrton Senna au Portugal avec la Lotus Renault (1985) et à Donington avec la McLaren Ford (1993). Le rappel n’est pas fortuit. Il saute immédiatement à la mémoire pour conforter l’idée que Lewis Hamilton peut devenir, aux côtés du Brésilien, l’un de ces pilotes de légende qui ont écrit et écrivent l’histoire de la course automobile et de la F1.



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Son départ météorique pour contourner la Red Bull Renault du valeureux Mark Webber qui allait partir à la faute dès le premier tour ; l’audace et la prise de risque insensée que lui et son coéquipier Heikki Kovalainen ont offert au public de Silverstone durant les quatre premières boucles pour se disputer la tête de la course ; le respect montré par Kimi Raikkonen et Fernando Alonso, trois championnats du monde à eux deux, lorsque le pilote Ferrari et le pilote Renault se sont élégamment effacés devant la McLaren Mercedes qui leur prenait un tour…les images ne manquent pas pour illustrer un grand prix de Grande-Bretagne qui fera date.
Après son faux-pas des qualifications où il n’avait obtenu que le quatrième temps, Lewis aurait pu succomber à la pression. Il n’en a rien été. Moins de deux heures avant le départ, il offrait même le visage d’un garçon particulièrement détendu malgré l’importance de l’enjeu, signant des dizaines d’autographes à l’entrée du paddock sans montrer le moindre signe de nervosité ni de lassitude. Aucun de ceux qui eurent le petit privilège de ramener un tel souvenir à la maison n’imaginait alors que Lewis allait tourner à certain moment de la course de cinq à six secondes plus vite que certains de ses concurrents !

Humilié au Canada, doublement puni à Magny Cours, le voilà en l’espace d’une course redevenu l’un des grands favoris pour la course au titre. Sur son talent mais aussi sur l’excellent travail de l’écurie McLaren Mercedes qui n’abdique pas et relève le formidable défi que lui lance la Scuderia Ferrari. Mis à part Kimi qui nous a tout de même gratifiés de deux pertes de contrôle, ses trois autres principaux adversaires ont failli sur une piste de Silverstone transformée en patinoire. Robert Kubica qui n’avait jusque-là commis aucune faute sur une BMW Sauber adroitement conduite hier par un Nick Heidfeld en mal de réhabilitation, Heikki Kovalainen qui a montré certaines limites et surtout Felipe Massa.

Seul leader du championnat du monde avant la course, le Brésilien a vécu l’un des plus mauvais grand prix de sa carrière hier à Silverstone multipliant les pertes de contrôle, les têtes à queue et les incursions dans l’herbe pour terminer dans les tréfonds du classement. Voilà qui entame sérieusement son capital confiance et remet sérieusement en cause sa volonté d’être considéré comme le leader de la Scuderia. Car il en faudra sans doute bientôt un pour contrecarrer les ambitions de Lewis Hamilton. Quelques mauvaises langues lui conseillaient même hier de se rapprocher de son compatriote Rubens Barrichello, surprenant troisième avec sa Honda, pour lui soutirer quelques rudiments de conduite sous la pluie !


José Carron/Silverstone