Podium



Si Lewis Hamilton se met à corriger sur la piste les erreurs de sa propre écurie, le God Save the Queen ne sera bientôt plus nécessaire dans l’attirail de l’écurie McLaren. L’écurie anglo-allemande, en ne faisant pas rentrer son pilote fétiche pour ravitailler alors que course était neutralisée par la voiture de sécurité, a bien failli ne devoir s’en remettre qu’au destin ou à la providence pour gagner ce grand prix d’Allemagne 2008.

Un grand prix d’Allemagne qui restera marqué par l’accident Timo Glock dont la Toyota est allée s’écraser violemment contre le muret des stands suite à une rupture de suspension. A ce moment-là, Hamilton, parti de la pole, était parvenu à se ménager une avance de douze secondes sur la Ferrari de Felipe Massa, le dernier à avoir du se résoudre à voir l’Anglais disparaître dans le lointain. La logique eut été de suivre le mouvement général en profitant de la neutralisation pour effectuer un second et dernier arrêt, mais Martin Whitmarsh et Ron Dennis en avaient décidé autrement, sans doute convaincus que Lewis pouvait s’assurer une avance suffisante au redémarrage pour le faire sans problème à l’échéance prévue. BMW Sauber avait bien tenté le même coup de poker avec un Nick Heidfeld remonté au deuxième rang après avoir lui aussi négligé de plonger dans les stands dès l’ouverture de la pit lane.

Ni McLaren, ni BMW Sauber n’avaient pourtant vu venir l’extraordinaire coup de chance de Nelsinho Piquet dont la stratégie à un seul arrêt allait miraculeusement coïncider avec le crash de la Toyota et permettre au jeune Brésilien de revenir du diable Vauvert pour occuper la troisième, puis la seconde et enfin la première place au nez et à la barbe des principaux animateurs du championnat !

« Vingt-trois secondes en sept tours ! De la folie ! »


A ce moment-là, personne ne donnait cher de la peau d’Hamilton reparti cinquième derrière son coéquipier Kovalainen. « L’équipe a choisi de ne pas me faire rentrer. Je pense qu’ils avaient imaginé que je pouvais me ménager une avance suffisante, mais il me fallait tout de même reprendre 23 secondes en sept tours ! Je leur ai dit, vous êtes sûr ? J’ai continué, mais je crois que c’est une décision qu’il va nous falloir analyser », raconte le jeune Anglais qui s’est sans doute vu perdre la course en ressortant des stands derrière la seconde McLaren, la Ferrari de Massa et… la Renault de Piquet. Effaçant aussitôt cette sombre pensée, il a pourtant vite repris son rythme initial pour mener la chasse derrière les deux Brésiliens.

« Il te reste à doubler Nelson »


Bien aidé par Kova qui s’est élégamment effacé devant lui, Hamilton a littéralement fondu sur ses deux proies pour offrir au public allemand deux magnifiques dépassements sur une Ferrari et une Renault incapables de résister à une McLaren Mercedes conduite avec une telle maestria. « Quand j’ai doublé Massa, j’ai cru que j’avais fait le travail mais le stand m’a dit : il te reste à doubler Nelson. Je leur ai dit okay. C’est sûr qu’aujourd’hui j’ai dû me bouger le cul, mais c’est le boulot et en plus le combat est resté fair-play », a commenté un Hamilton radieux qui reprend seul la tête du championnat du monde. Après la démonstration de Silverstone, voilà un nouveau tour de Lewis qui enfonce le clou. Mais la route est longue d’ici le Brésil. Certes battus, Massa, Raikkonen ou même Kubica, ne sont pas encore crucifiés !


José Carron