En réalisant « facilement » les meilleurs chronos dans chacun des trois secteurs chronométrés, d’aucuns s’interrogent sur la quantité d’essence dans son réservoir, mais ce serait faire injure au petit Brésilien de ne pas reconnaître qu’il s’est sorti les tripes pour avoir l’honneur, demain soir, d’être le premier à s’élancer sous la lune du ciel de Singapour.



Ferrari-06



Il réalise de la sorte le carton plein dans la mission qu’il s’était fixé : être devant Lewis Hamilton sur la grille, devancer son coéquipier Kimi Raikkonen et partir en pole sur un circuit urbain où cela procure un avantage certain comme il l’a lui-même prouvé à Valencia. Ce n’était pas gagné d’avance tant Hamilton s’était montré depuis vendredi le plus à l’aise des quatre candidats au titre mondial alors que son coéquipier, qui n’accepte toujours pas officiellement le rôle de numéro 2 que la Scuderia souhaite lui voir jouer, a fait étalage d’un net regain de forme, quoique souvent un peu brouillon.

Lewis, lui, aurait du mal à se plaindre son sort. Une faute lorsque la McLaren Mercedes est partie dans un bref survirage lors de son dernier tour lancé a anéanti les efforts de l’Anglais pour la pole, mais Hamilton doit surtout à la panne de la Renault de Fernando Alonso de ne pas avoir subi la même « humiliation » qu’à Monza en n’atteignant pas la Q3. Seulement dixième de la Q2, le pilote McLaren n’a pu qu’esquisser un geste d’immense soulagement en rentrant au stand. Nerveux et vaguement gêné par le trafic devant lui, Lewis a failli payer cher une erreur de son écurie qui a renvoyé ses deux voitures sur la piste pour les faire rentrer aussitôt et changer de pneus, perdant ainsi de précieuses secondes en restant l'un et l'autre immobilisés devant leurs stands alors que tous les ténors amélioraient leurs chronos.

Tandis que la pression monte à quatre courses de la fin du championnat, l’équipe anglo-allemande semble de nouveau sujette à d’incroyables erreurs de stratégie dont on pensait qu’elle pouvait et devait s’affranchir après l’échec de 2007. Voilà plusieurs années que de nombreux observateurs parmi les plus avertis déplorent l’absence d’un Ross Brawn à Woking. Un rôle que ni Ron Dennis ni Norbert Haug, malgré leurs qualités respectives, ne se sont jamais vraiment montrés capables de jouer et dans lequel Martin Whitmarsh éprouve lui aussi quelques difficultés à pouvoir se glisser. Hamilton, malgré tout son talent, n’en est encore qu’à sa deuxième saison de F1 et il a besoin de pouvoir s’appuyer sur une équipe solide pour palier à l’inexpérience qui est encore la sienne dans les moments les plus critiques.

Tout n’est pas perdu pour lui demain, même si cela s’annonce difficile, encadré qu’il est par les deux Ferrari, mais il va lui falloir garder la tête froide et ne rien précipiter sur un tracé piégeux où les murs ne demandent qu’à couper l’élan des plus audacieux. Ne rien précipiter pour ne pas tout perdre ou tout offrir à…Robert Kubica ! Le talentueux Polonais ne cesse de se plaindre du manque de développement de sa monoplace par rapport aux McLaren et aux Ferrari, mais il est toujours là. Quatrième sur la grille, il reste prêt à fondre sur les deux proies que sont pour lui Massa et Hamilton tel un aigle dont il n’a pas seulement le profil. Histoire peut-être d’empêcher Fernando Alonso de venir partager son nid chez BMW l’année prochaine et dissuader Mario Theissen d’embaucher le double champion du monde espagnol.

Pauvre Alonso. Cloué sur la piste par une arrivée d’essence récalcitrante qui l’a empêché de confirmer en qualifs l’aisance dont lui et la Renault R28 avaient fait preuve vendredi et samedi lors des essais libres. Voilà qui ne va pas arranger les affaires de l’écurie anglo-française après le fiasco de Valencia et au-dessus de laquelle les nuages s’accumulent. Demain, Fernando, en partant du fond de la grille, ne pourra même pas voir cette lune que Massa va rêver cette nuit de décrocher. Et à laquelle peuvent de moins en moins prétendre son coéquipier Nelson Piquet junior et Sébastien Bourdais, au terme d’une saison 2008 qui les voit l’un et l’autre manquer leur mise en orbite vers la planète F1.


José Carron