Pour son atmosphère et pour l’enthousiasme qu’il déclenchait dans les rues de Montréal, une semaine durant. Fini. Terminé. Ainsi en a décidé la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) dans un bref communiqué assorti de la publication du calendrier provisoire de 2009 où le championnat du monde de F1, après Bahreïn, se conclura par une seconde course dans les sables du Golfe sur le nouveau circuit d’Abu Dhabi.



Circuit



Les Canadiens ou plutôt les Montréalais ont appris la nouvelle au saut du lit, compte tenu du décalage horaire. Rien ne laissait présager une telle mauvaise surprise au milieu de celles que déversent depuis un mois les radios et les télévisions du monde entier. Le Québec n’échappe pas non plus aux interrogations nées de la crise financière, mais qu’on leur prenne leur grand prix, comme çà, sans motiver une telle décision…Tabernacle ! Dans les minutes qui ont suivi l’annonce, la stupeur s’est rapidement transformée en mobilisation générale.

D’abord le Premier ministre Jean Charest en rappelant que le gouvernement avait toujours appuyé un grand prix du Canada « économiquement rentable » et qu’il allait continuer « à l’aborder sous cet angle » ; le maire de Montréal Gérald Tremblay ensuite qui a publiquement renouvelé sa confiance envers Normand Legault, l’organisateur « pour faire revenir la FIA sur sa décision. « Le grand prix représente des retombées économiques d’environ 75 millions de dollars canadiens et contribue chaque année à la renommée de la ville sur la scène internationale », a martelé Gérald Tremblay avant de rappeler que les trois paliers de gouvernement, état, province et municipalité, s’étaient engagés à investir plus de 5 millions de dollars en faveur du circuit Gilles Villeneuve. La présidente de la Chambre de Commerce, Isabelle Hudon, rappelle qu’une telle menace avait déjà pesé sur le grand prix, il y a trois ans et que le tollé qui en avait résulté avait porté ses fruits. « Il faut se réembarquer dans une mobilisation. C’est un des grands événements de l’année à Montréal et c’est celui qui attire des touristes d’un calibre capital pour notre économie », estime Isabelle Hudon qui s’est déclaré « estomaquée » par cette décision.

Christian Tortora, l’un des plus anciens chroniqueurs de F1, ami personnel de Gilles et Jacques Villeneuve, observe en effet qu’il n’y avait eu cette fois « aucun signe avant-coureur ». Sur l’hypothèse d’un revirement de la FIA vis-à-vis du grand prix du Canada, il se base sur sa longue expérience : « avec Ecclestone et la FIA on ne peut jamais rien garantir ». Comme il a raison Christian Tortora et comme il a raison aussi lorsqu’il s’indigne que la F1 puisse abandonner pour longtemps le continent nord-américain après la perte du grand prix des USA à Indianapolis. Cet avis, nombre des constructeurs impliqués en F1 comme BMW, Mercedes, Honda ou Toyota le partage. Et après les critiques qui se sont élevées lors de la suppression des Etats-Unis, il y a tout lieu de penser que cette décision suscite un débat très animé au sein du paddock. Tous sont peut-être d’accord pour se rendre à Abu Dhabi, mais beaucoup ne seront pas…à bout d’arguments en faveur du Canada.


José Carron