Le pilote McLaren croyait avoir fait l’essentiel en signant l’une des plus belles pole position de sa jeune carrière pour l’emporter au Japon, mais c’était sans compter avec sa fougue qui s’accompagne encore chez lui d’une précipitation dont on pensait qu’il pouvait s’être affranchi après l’amère déconvenue de 2007.



Course-06



Raté un départ peut arriver à n’importe qui, mais lorsqu’on est en tête du classement à trois courses de la fin avec sept points d’avance, on ne tente pas l’impossible au premier freinage. Bien sûr, si la manœuvre avait réussi, ses supporters auraient à juste titre crié au génie mais en l’occurrence, elle a entraîné une pénalité et sa perte. Comme au Brésil l’année dernière quand Lewis est tombé dans le piège que lui avait tendu Fernando Alonso alors que pour être titré dès sa première année en F1, il lui suffisait d’attendre que les choses se décantent pour marquer les quelques points qui lui auraient permis de devancer Kimi Raikkonen. Au-delà de sa belle et magnifique seconde victoire d’affilée, le double champion du monde espagnol devait bien rigoler sous son casque. Tout comme l’opportuniste Robert Kubica qui, en plaçant sa BMW Sauber une nouvelle fois sur le podium derrière la Renault, se relance dans la course au titre mondial 2008 au moment même où son écurie semblait avoir fait une croix dessus en stoppant le développement de la monoplace 2008 pour concentrer tous les efforts sur 2009. Hamilton va devoir faire gaffe tant sa quête du Graal se transforme en un combat de type "seul contre tous ".

Pas la peine dans ces conditions d’en rajouter dans une louable mais peu productive poursuite d’un panache dont il a déjà maintes fois fait preuve tant à Silverstone qu’à Monza, n’en déplaise à Kubica ! Seul contre tous. Contre les Ferrari, la BMW Sauber du Polonais, la Renault d’Alonso, sans oublier la FIA ou plutôt ses « intraitables » commissaires qui ont gratifié Felipe Massa d’un petit point supplémentaire en pénalisant Sébastien Bourdais pour un accrochage à la sortie des stands dont la responsabilité nous a paru davantage incomber au Brésilien. Avec les six points (2+4 perdus pour Hamilton) engrangés en Belgique, cela fait sept au crédit de Felipe. Voilà qui devrait le consoler d’une course à l’issue de laquelle la Scuderia a repris l’ascendant sur McLaren Mercedes au classement constructeur, mais dont il n’a pas su vraiment profiter en regard des événements qui s’y sont déroulés. Lui en tout cas ne se bat pas seul. Son attaque sur Hamilton lorsqu’il coupe la chicane pour aller harponner la McLaren, et non pas simplement la doubler, n’a jusque-là pas susciter les cris d’orfraie de ses pairs comme le moindre coup de volant de son adversaire pour le titre mondial. Elle a néanmoins entraîné une pénalité qui a ruiné sa course.

Un moindre mal pour Hamilton mais une grande déception pour la Scuderia dont les pilotes disposaient manifestement au Japon de la meilleure voiture sur la piste. Comme le prouvent les temps en course de Massa et Raikkonen. Le Finlandais aurait-il pu ou dû se montrer plus incisif contre Kubica pour empêcher le Polonais de revenir menacer directement son coéquipier au classement du championnat ? On laissera volontiers aux responsables de Ferrari la difficulté de répondre à cette question.

Reste que la plus grande satisfaction et le plus grand coup de chapeau revient à Renault. La victoire chanceuse de Singapour n’était pas que le fruit du hasard et de la voiture de sécurité. L’écurie franco-anglaise a prouvé qu’elle avait les ressources en moyens techniques et humains pour revenir au premier plan. La R28 a diablement progressé comme le prouve la quatrième place de Nelson Piquet junior. Sans doute Fernando peut ne pas trop regretter d’avoir vu les portes de la Scuderia Ferrari et de BMW Sauber se refermer au moment de faire un choix qui devient on ne peut plus évident.


José Carron