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Certes, Lotus n’est pas Ferrari mais avant de disparaître, l’écurie anglaise avait fait jeu égal avec la Scuderia en termes de victoires, aux alentours de cinquante grands prix chacune. Surtout, Lotus restait et reste liée pour l’éternité à deux personnages qui comptent parmi les dix plus importants de l’histoire de la F1 : le génial créateur de ses monoplaces, Colin Chapman et le double champion du monde écossais Jim Clark qui dispute toujours aujourd’hui à Juan Manuel Fangio, Ayrton Senna ou Michael Schumacher, l’aura de meilleur pilote de l’histoire du sport automobile.

Chapman, sa Lotus 49, puis la fabuleuse 72. Chapman l’inventeur de l’effet de sol et du double châssis, interdit avant d’avoir pu faire ses preuves. Chapman qui, avant même le rusé Bernie Ecclestone, a senti tout le profit qu’il pouvait retirer de la F1 en étant le premier à troquer le traditionnel "british racing green" barré d’une bande jaune de ses voitures contre les couleurs rouge, blanc et or du premier sponsor extra automobile de l’histoire, le cigarettier John Player via sa marque Gold Leaf. Lotus enfin, qui permit à Senna de signer sa première victoire en grand prix et quelle victoire sous la pluie battante du circuit d’Estoril en 1985, reléguant à plus d’une minute (!) l’Italien Michele Alboreto sur…Ferrari.

Aujourd’hui et malgré les efforts ou les tentatives qu’effectuèrent Peter Warr et le Français Gérard Ducarouge pour sauver le nom, les Lotus ont corps et biens disparu du paysage de la F1, sans que cette dernière ne s’en trouve réellement affectée. On peut le regretter, mais on ne peut faire moins que de le constater. Et vu sous cet angle, cette triste et lamentable fin donne raison à Max Mosley quand il dit que la F1 survivra à l’absence des voitures rouges, malgré le fait que Ferrari demeure la seule équipe courant aujourd’hui à avoir disputé le tout premier grand prix de l’histoire, le 13 mai 1950 à Silverstone. Mais vu sous cet angle seulement car un championnat du monde sans la Scuderia n’aurait plus la même allure.

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Notre collaborateur José Carron lors d’une interview avec Jean Todt à Maranello

Le président de la FIA semble faire un peu trop rapidement litière du fait que des milliers de passionnés de par le monde ne s’intéressent à la F1 qu’à travers Ferrari et que l’inverse n’existe pratiquement pas. Quand vous vous placez au bord d’un circuit et que vous voyez débouler une monoplace rouge arborant le cheval cabré, vous revient inconsciemment en mémoire la silhouette du vieil Enzo avec son imperméable mastic et son chapeau ou les exploits inouïs de l’acrobate Gilles Villeneuve et son fameux numéro 27. Les drames aussi avec la mort du Canadien à Zolder, l’accident de Niki Lauda au Nürburgring, celui du Français Didier Pironi à Hockenheim ou celui, beaucoup plus ancien, d’Alberto Ascari, mort au volant d’une Ferrari sport-prototype.

Monsieur Max Mosley, on ne balaie pas du revers de la main une telle légende qui vous et nous survivra, quelle que soit la suite de l’histoire. Par rapport à ce monument qu’est Ferrari, monument sur lequel vous vous êtes constamment appuyés, vous et votre vieux complice Bernie Ecclestone, pour bâtir la F1 d’aujourd’hui, vous n’êtes qu’un président de Fédération qui tente une fuite en avant pour, entre autres, redorer un blason bien terne. Le pas de deux que vous venez d’entamer avec Bernie ne trompe personne sur les réelles motivations que vous entretenez l’un et l’autre. Lesquelles se résument à tuer dans l’œuf une union des constructeurs (FOTA) qui, ironie de l’histoire et sous ses  deux appellations successives F1CA puis FOCA, fut en son temps la base à partir de laquelle vous vous êtes tous les deux lancés à l’assaut de la F1.

Quelque chose me dit que dans cette affaire, Ferrari..ra bien qui rira le dernier !


José Carron