Grand Prix de Turquie

Button six victoires sur sept courses disputées et le grand prix de Grande-Bretagne à suivre ! Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse grand beau sur les douces collines du Northamptonshire, personne ne sera en mesure d’aller chercher l’Anglais et sa magique Brawn-Mercedes dans les grandes courbes rapides de Silverstone. A la régulière s’entend, car la F1 demeure un sport mécanique… Le 21 juin au soir, le très averti public britannique devrait réserver plus qu’une ovation à son nouvel héros dont la route vers le titre mondial s’apparente de plus en plus à une gentille promenade dans une décapotable, le coude sur la portière ! Rien à voir avec le combat acharné qu’a dû mener l’année dernière Lewis Hamilton contre les Ferrari. Seul petit regret, Jenson est trop bien élevé pour se laisser aller à des bravades « à la Mansell » quand Nigel, l’année de son sacre en 1992, déclarait avant Silverstone qu’il allait mettre un tour à  tous ses adversaires… « Red Five » avait tout de même collé près quarante secondes à son coéquipier Riccardo Patrese au volant d’une Williams Renault identique à la sienne.

Quoi qu’il arrive, ce devrait être la grande fête sur le circuit anglais. Rien à voir avec l’Istanbul Park où l’action se déroule devant des tribunes désespérément vides et où la vue de monoplaces évoluant sur une piste dont chaque virage est doté d’une zone de dégagement aussi vaste qu’un parking de supermarché ne contribue guère à la promotion d’un sport dont le danger fait aussi partie de la légende. Il paraît que les organisateurs turcs, qui se sont aussi servi du grand prix à des fins politiques, il y a trois ou quatre ans, seraient prêts de jeter l’éponge. Personne ne s’en plaindra, pas même les quelque seize millions de Stambouliotes qui ne sont pas plus nombreux au bord du circuit que les trois ou quatre milles personnes que rassemble en France une course de côte régionale !

Pour revenir au grand prix de Turquie, on saura gré à l’écurie Brawn d’avoir laissé planer le doute lors des trois séances d’essais précédant les qualifs. Ceux qui ont cru déceler dans cette attitude une baisse de régime de l’ex-écurie Honda en sont pour leurs frais. Les Brawn GP ou tout du moins la Brawn GP numéro 22 de Jenson Button est imbattable,  malgré son faux pas en Chine,  et si la belle Red Bull Renault d’Adrian Newey s’avère elle aussi très efficace, elle n’est pas en mesure d’offrir à Sebastian Vettel ou Mark Webber la possibilité de lutter pour le titre mondial, comme l’ont encore prouvé les quelques tours où l’Allemand, plus léger et plus rapide que Jenson, n’a jamais pu tenter le dépassement qu’il se devait de réussir d’un point de vue stratégique. Pas plus qu’il n’a pu profiter longtemps de l’avantage de sa pole devant un Button qui a totalement retrouvé le pilotage précis et coulé dont il avait preuve en 2004 en alignant dix podiums et celui qui lui avait permis de remporter une première victoire en Hongrie 2006 sur une piste rendue très piégeuse par les averses.

Renault F1 Team

Les Ferrari que beaucoup attendaient à Istanbul, où Felipe Massa restait invaincu, n’ont finalement guère progressé, battues en Turquie par la Toyota de Trulli et la Williams Toyota de Nico Rosberg.  Après ses sixièmes places acquises en Australie et à Monaco,  la cinquième conquise sur les rives du Bosphore signe le meilleur résultat de l’année pour la vaillante écurie de Grove, mais tout cela reste bien maigre face aux nuages qui se profilent à l’horizon. Idem pour les BMW Sauber et les Renault qui, outre les difficultés à trouver des solutions pour  au moins lutter avec les Red Bull, vont devoir gérer le dépit et le désabusement de leurs deux pilotes leaders, Robert Kubica et Fernando Alonso.

Dépité et désabusé, Lewis Hamilton devrait l’être lui aussi. A Istanbul, il aura été le dernier des pilotes à ne pas s’être fait prendre un tour (comme à Barcelone et Monaco) par la grâce d’une stratégie… à un arrêt !  Maigre consolation pour un champion du monde en exercice incapable de résister à l’attaque d’un Nelson Piquet de nouveau très contesté au sein de l’écurie Renault. Sa magnifique passe d’armes avec Lewis devrait pourtant lui redonner des couleurs et repousser de quelques semaines son remplacement par un Romain Grosjean qui a terni les siennes à Istanbul en perdant le commandement du GP2 Series au profit de son coéquipier russe Vitaly Pétrov. Reste que chez McLaren, l’heure est grave. Aussi grave qu’elle l’est pour la F1 dont l’avenir se joue dans les prochains quinze jours.


José Carron