Mark Webber

« Hitler était un homme qui « assurait » (« who got things done » en anglais dans le texte) et qui fut ensuite « poussé à faire des choses dont je n’ai pas la moindre idée qu’il les ait réellement voulu », nous explique le grand argentier de la F1 qui  avoue également préférer les régimes dictatoriaux aux démocraties. Outre qu’Ecclestone aurait bien besoin que quelqu’un lui assène une bonne leçon d’histoire, on comprend mieux maintenant son aversion pour Silverstone, l’un des glorieux aérodromes de la Royal Air Force où décollaient les illustres Spitfire qui infligèrent aux nazis leur première sévère défaite. Une défaite entrée dans l’Histoire sous le nom de « Bataille d’Angleterre ».

Pour certains « la vieillesse est un naufrage » comme l’écrivit Charles De Gaulle. Ecclestone en constitue un bon exemple. On préférait nettement la légende du Bernie, cerveau de l’attaque du train postal à celle, nauséabonde, qu’il vient de nous servir. Tellement nauséabonde qu’il s’est vu contraint de démentir des propos selon lui mal interprétés…  Trop tard !

En revanche pas trop tard pour Mark Webber qui après 132 grands prix s’est offert au Nurburgring sa première pole et sa première victoire. Ses hurlements de joie sitôt passé le drapeau à damier nous ont rappelé ceux d’Ayrton Senna lorsque le Brésilien est parvenu à gagner son grand prix national à Interlagos en 1991 sur la McLaren Honda. Des moments qui nous font aimer la F1 au contraire du triste spectacle offert actuellement par Mosley et Ecclestone.. En réalisant un deuxième doublée d’affilée, après celui de Silverstone, les Red Bull grignotent à bouchées doubles l’avance phénoménale acquise par Jenson Button durant la première partie de la saison. Il serait présomptueux d’en conclure que la course au titre est relancée, mais tout de même. Les Brawn et leur incapacité à porter leurs pneus avant en température par temps frais terminent au Nurburgring derrière la Ferrari de Felipe Massa (3e) et la vaillante Williams Toyota de Nico Rosberg (4e) !

Mark Webber

Pour l’ancienne équipe Honda, il peut y avoir danger si ce genre de mésaventure se répète au même rythme avec lequel elle gagnait au printemps, c’est-à-dire tous les quinze jours, voire toutes les semaines. Sans le départ raté de Button qui s’est retrouvé coincé derrière Kovalainen et le problème de ravitailleur de Barrichello, les deux Brawn pouvaient logiquement prétendre aux troisième et quatrième place malgré leur handicap pneumatique. Il n’y a donc pas le feu, mais un nouveau doublé des Red Bull Renault en Hongrie, avec de nouveaux gros points partis en fumée pour Button et voilà Ross qui devra se transformer en pompier pour ne pas risquer de perdre, sur le fil, les titres pilotes et constructeurs. Déjà qu’il lui faut éteindre la colère d’un Rubens Barrichello outré par la tournure que prennent les événements au sein de l’écurie de Brackley…

Tactique la course de dimanche le fut sur un circuit où les possibilités de dépassement demeurent peu nombreuses, mais elle aurait pu être davantage pimentée si le vainqueur Mark Webber n’avait pas harponné la McLaren Mercedes de Lewis Hamilton dans le premier virage. Le champion du monde en titre, au volant d’une monoplace qui a retrouvé un peu d’efficacité, pouvait lui aussi prétendre à la troisième marche du podium après un départ d’anthologie. Un départ qui, le Kers aidant, l’avait propulsé en tête du grand prix depuis la troisième ligne ! Las, la fête n’aura duré que quelques dizaines de mètres, mais que la manœuvre était belle et audacieuse ! Quelle que soit la qualité de leurs monoplaces, les vrais champions ne meurent jamais comme l’a de nouveau prouvé Fernando Alonso en fin de course avec le record du tour. Ferrari, McLaren Mercedes et Renault, contrairement à BMW et Toyota, reprennent des couleurs. Personne ne s’en plaindra en vue d’une fin de saison qui sera aussi dominée, quoi qu’il arrive, par la politique et la douloureuse, mais salutaire, mise à l’écart de Mosley et le crépuscule d'Ecclestone. Un vrai changement d’époque en perspective…


José Carron